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Plongée dans l’économie quotidienne

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Plongée dans l’économie quotidienne

Plongée dans l’économie quotidienne

Dans le Moungo, le marché est le centre nerveux de la vie quotidienne. Moderniser ces espaces ne serait pas un luxe. Ce serait un investissement stratégique pour le développement local. Et peut-être l’un des tests les plus concrets de la décentralisation dont on parle tant.

Il est 6h30 du matin au marché central de Nkongsamba. Les camions arrivent déjà, chargés de plantains, de sacs de macabo, de tomates encore humides de rosée. Des femmes installent leurs étals à même le sol, d’autres ouvrent des boutiques de fortune faites de planches et de bâches.

Ici, l’économie se vit.

Dans le département du Moungo, les marchés constituent le premier poumon économique. Nkongsamba, Loum, Mbanga, Melong, Manjo : chaque commune possède son centre névralgique où s’échangent produits agricoles, vêtements, viande, poisson, condiments et articles divers.

Une activité intense mais fragile

À Loum, une vendeuse de légumes explique :

« On peut vendre aujourd’hui et ne rien vendre demain. Tout dépend du prix au champ, de la pluie, du transport. »

Le marché fonctionne en équilibre permanent. Les prix fluctuent selon l’état des routes rurales, la saison, la disponibilité des produits. Une forte pluie peut ralentir les camions. Une panne sur l’axe vers Douala peut faire grimper les coûts.

Le commerce est dynamique, mais vulnérable.

Droits de place et pression fiscale

Chaque vendeur paie un droit journalier ou hebdomadaire à la commune. Officiellement, ces taxes servent à financer :

  • L’entretien du marché

  • La propreté

  • La sécurité

  • Les infrastructures

Mais sur le terrain, les commerçants s’interrogent.

À Mbanga, un vendeur de friperie affirme :

« On paie, mais regardez l’état des hangars. Quand il pleut, l’eau entre partout. »

La question n’est pas tant le paiement que la perception de la contrepartie.

Les communes, de leur côté, expliquent que les recettes restent limitées et insuffisantes pour moderniser rapidement les infrastructures.

Infrastructures vieillissantes

Dans plusieurs marchés du Moungo, les installations datent de plusieurs décennies :

  • Hangars métalliques rouillés

  • Absence de drainage efficace

  • Toilettes publiques insuffisantes

  • Gestion des déchets irrégulière

Pourtant, l’affluence ne faiblit pas. Les marchés restent des espaces de forte densité humaine.

À Manjo, un commerçant souligne :

« Le marché, c’est notre banque. C’est ici qu’on nourrit la famille. »

Lien direct avec l’agriculture

Le Moungo étant un territoire historiquement agricole, les marchés dépendent fortement des plantations environnantes : cacao, plantain, palmier, légumes vivriers.

Les producteurs arrivent parfois directement des villages. D’autres passent par des intermédiaires. Les marges sont souvent faibles.

Le mauvais état de certaines routes rurales augmente les coûts de transport, ce qui se répercute immédiatement sur le consommateur final.

Sécurité et organisation

La sécurité varie selon les communes. Des agents municipaux et forces de l’ordre assurent une présence, mais les petits vols et disputes restent fréquents dans les périodes de forte affluence.

La question de l’organisation des espaces revient souvent : emplacements attribués de manière informelle, concurrence entre vendeurs, occupation anarchique des allées.

Un secteur clé mais sous-structuré

Le paradoxe est clair :

  • Les marchés sont essentiels à l’économie locale.

  • Ils génèrent des recettes communales.

  • Ils nourrissent des milliers de familles.

Mais ils restent peu modernisés.

Une meilleure organisation, des infrastructures rénovées et une transparence accrue sur l’utilisation des recettes pourraient transformer ces espaces en véritables pôles économiques structurés.

Un enjeu politique discret

Au-delà du commerce, les marchés sont un baromètre social. On y parle politique, hausse des prix, projets communaux, scolarité des enfants.

Si l’on veut mesurer l’état réel de l’économie du Moungo, il suffit d’y passer une matinée.

Combien rapportent-ils réellement aux communes ?

Au-delà de l’agitation quotidienne, les marchés constituent l’une des principales sources de recettes propres des communes dans le département du Moungo.

Mais combien cela représente-t-il concrètement ?

Estimation des recettes : un calcul simple

Prenons un marché communal de taille moyenne comme celui de Nkongsamba ou de Loum.

Hypothèse prudente :

  • Environ 800 à 1 200 commerçants actifs par jour

  • Droit de place journalier moyen : 500 FCFA

  • Présence effective moyenne : 20 jours par mois

Calcul estimatif (base moyenne 1 000 commerçants) :

1 000 vendeurs × 500 FCFA = 500 000 FCFA par jour

Sur 20 jours :

500 000 FCFA × 20 = 10 000 000 FCFA par mois

Sur une année :

10 000 000 FCFA × 12 = 120 000 000 FCFA par an

Pour un seul marché principal.

Si l’on ajoute :

  • Les marchés secondaires

  • Les taxes sur les boutiques fixes

  • Les frais d’occupation d’espaces commerciaux

  • Les droits d’abattage (boucheries)

On peut raisonnablement estimer que les recettes liées aux marchés peuvent représenter entre 150 et 250 millions FCFA par an pour une grande commune du Moungo, selon le niveau d’organisation et de recouvrement.


Un poids important dans les finances locales

Pour certaines communes moyennes, ces recettes peuvent représenter une part importante des ressources propres, parfois entre 20 % et 40 % des recettes internes, hors transferts de l’État.

Cela fait du marché :

  • un centre économique

  • un levier budgétaire

  • un enjeu politique local


Alors pourquoi les infrastructures restent-elles précaires ?

C’est ici que le débat commence.

Les recettes sont réelles, mais :

  • Le taux de recouvrement n’est pas toujours optimal

  • Une partie de l’activité reste informelle

  • Les charges communales (salaires, entretien, éclairage public) absorbent une grande part des fonds

  • Les investissements structurants nécessitent des montants plus importants

La modernisation complète d’un marché (hangars, drainage, dallage, éclairage, sanitaires) peut coûter entre 200 et 500 millions FCFA, selon l’ampleur des travaux.

Autrement dit :
les recettes existent, mais elles ne suffisent pas toujours à transformer radicalement l’infrastructure sans appui extérieur.


Enjeu stratégique

Si les communes améliorent :

  • La transparence

  • L’organisation des emplacements

  • Le système de paiement (numérisation possible)

  • La planification des investissements

Les marchés pourraient devenir de véritables pôles modernes et rentables.

La question n’est donc pas seulement :
“Les marchés rapportent-ils ?”

La vraie question est :
“Comment ces recettes sont-elles optimisées et réinvesties ?”

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