Une jeunesse qui refuse de choisir
Dans les rues de Nkongsamba, les conversations changent. On parle moins de départ définitif, davantage de projets. On évoque les concours administratifs, les plantations modernisées, les formations en ligne, les opportunités numériques. La jeunesse du Moungo n’est plus uniquement tournée vers l’exode. Elle hésite, compare, expérimente.
Longtemps, l’horizon semblait simple : réussir, c’était partir. Douala, Yaoundé, parfois l’Europe. Aujourd’hui, le paysage s’est complexifié. Le Moungo n’est plus seulement un territoire agricole ; il devient un espace d’expérimentation sociale.
Entre cacao et code informatique
À Loum, Jean-Claude, 27 ans, a repris la plantation familiale de cacao. Mais il ne travaille plus comme son père. Application mobile de suivi des prix, groupes WhatsApp d’agriculteurs, tutoriels YouTube sur la transformation locale : il combine tradition et technologie.
« Si on ne modernise pas, on disparaît », explique-t-il simplement.
À Nkongsamba, Mireille, diplômée en gestion, développe une petite activité de vente en ligne de produits cosmétiques naturels. Elle gère ses commandes via Facebook et WhatsApp Business. Ses clients sont à Douala, parfois à Bafoussam.
« Je peux rester ici et travailler partout », affirme-t-elle.
La terre reste un socle. Le numérique devient un levier.
L’école, toujours centrale
Dans les lycées du département, la pression académique demeure forte. Les filières scientifiques attirent, les concours administratifs continuent de structurer les ambitions. Mais les aspirations se diversifient.
Certains rêvent de start-up. D’autres parlent de création audiovisuelle, de marketing digital, d’agriculture biologique, de coopératives.
Les enseignants observent une évolution :
« Les élèves posent plus de questions sur les débouchés locaux », confie un professeur d’histoire à Manjo. « Ils veulent savoir comment réussir ici. »
Migration : partir sans rompre
La migration reste une réalité. Beaucoup partent pour les études ou le travail. Mais le lien avec le Moungo ne se rompt plus aussi facilement.
Les transferts d’argent alimentent des projets immobiliers ou agricoles. Les retours temporaires sont plus fréquents. Certains jeunes investissent dans des terrains avant même d’avoir stabilisé leur carrière en ville.
Le départ n’est plus forcément un abandon. Il devient une stratégie.
Une jeunesse face aux contraintes
Tout n’est pas simple. Le chômage demeure élevé. Les infrastructures sont parfois insuffisantes. L’accès au financement reste difficile.
Les initiatives entrepreneuriales se heurtent aux réalités administratives et à la faiblesse des circuits de crédit. Beaucoup de projets restent informels.
Mais une forme de résilience caractérise cette génération. Elle teste, ajuste, recommence.
Les réseaux sociaux comme espace d’expression
Facebook, TikTok, WhatsApp : ces plateformes redessinent les interactions sociales. Les débats locaux s’y déplacent. Les artistes y trouvent leur public. Les commerçants y vendent leurs produits.
Le Moungo digital existe. Il circule en ligne, commente l’actualité, valorise ses talents.
La culture numérique ne remplace pas les traditions ; elle les prolonge autrement.
Entre héritage et ambition
Les jeunes du Moungo grandissent dans un territoire marqué par l’agriculture, la mémoire des plantations, les solidarités familiales. Ils ne rejettent pas cet héritage. Ils le réinterprètent.
Ils veulent réussir, mais pas toujours ailleurs.
Ils veulent innover, sans renier leurs racines.
Ils veulent circuler, sans disparaître.
Une transition silencieuse
La transformation n’est pas spectaculaire. Elle est progressive. Elle s’observe dans les habitudes, dans les conversations, dans les petits projets qui émergent.
La Génération Moungo n’est ni totalement rurale, ni entièrement urbaine.
Elle est hybride.
Et c’est peut-être dans cette hybridation que se joue l’avenir du département.