Après avoir atteint des sommets historiques proches de 4 000 à 5 000 FCFA le kilogramme en 2023–2024, le prix du cacao connaît une chute marquée. En ce début d’année 2026, il oscille désormais entre 800 et 1 500 FCFA/kg dans plusieurs zones rurales du Cameroun, soit une baisse pouvant dépasser 60 %.
Dans les grands bassins du Centre et du Sud, mais aussi dans certaines exploitations du Moungo, cette situation alimente inquiétude et désarroi.
Une correction brutale après des prix records
La flambée récente des prix du cacao était exceptionnelle.
Elle s’expliquait par une baisse de la production mondiale et des tensions sur l’offre.
Mais ce niveau — parfois au-delà de 4 500 FCFA/kg bord champ — n’était pas soutenable.
👉 Aujourd’hui, le marché corrige :
- retour de volumes importants sur le marché ;
- amélioration des récoltes ;
- reconstitution des stocks.
Résultat : les prix ont été divisés par deux, voire trois en quelques mois.
Un décalage entre marché mondial et réalité locale
Sur les marchés internationaux, les cours restent relativement élevés comparés aux années passées.
Mais sur le terrain, les producteurs vendent autour de :
- 1 200 à 1 300 FCFA/kg en moyenne selon les dernières observations ;
- parfois moins de 1 000 FCFA/kg dans certaines localités enclavées.
👉 Ce décalage s’explique par :
- le poids des intermédiaires ;
- les coûts logistiques ;
- la qualité variable des fèves.
Le Moungo aussi concerné
Même si les principaux bassins de production se situent dans le Centre et le Sud, le Moungo n’est pas épargné.
Dans des localités comme Njombé-Penja, Loum ou Mbanga, où le cacao complète souvent d’autres cultures (banane, palmier, vivriers), les producteurs subissent eux aussi la baisse :
- revenus en recul ;
- ventes retardées dans l’espoir d’une remontée ;
- hésitations à entretenir les plantations.
👉 Pour ces exploitants, le cacao reste un revenu d’appoint stratégique, aujourd’hui fragilisé.
Pourquoi la chute est si dure pour les producteurs
Au-delà des chiffres, c’est la rapidité du retournement qui frappe :
- passage de 5 000 FCFA à parfois moins de 1 000 FCFA/kg ;
- absence de mécanisme de stabilisation ;
- dépendance forte à une seule culture dans certaines zones.
👉 En quelques mois, certains producteurs ont vu leurs recettes divisées par trois.
Quelles solutions pour les producteurs ?
Face à cette situation, plusieurs pistes concrètes existent.
1. S’organiser en coopératives
- vendre en groupe
- négocier au-delà de 1 300–1 500 FCFA/kg
- réduire la pression des acheteurs isolés
2. Miser sur la qualité
Un cacao bien traité peut obtenir une prime de 100 à 300 FCFA/kg.
👉 La qualité devient un levier direct de revenu.
3. Éviter les ventes précipitées
Vendre à 800–900 FCFA/kg revient souvent à vendre à perte.
👉 Le stockage (même rudimentaire) permet d’attendre des prix plus favorables.
4. Transformer localement
La transformation (beurre, pâte) permet de multiplier la valeur :
- 1 kg de cacao brut vendu ~1 200 FCFA
- produits transformés pouvant valoir 2 à 3 fois plus
5. Diversifier les revenus
Dans le Moungo notamment, l’association avec :
- banane
- palmier à huile
- cultures vivrières
permet d’amortir les chocs.
Avec une chute de plus de 60 % des prix en quelques mois, le cacao rappelle sa nature cyclique et incertaine.
Mais cette crise met surtout en lumière une réalité plus profonde :
les producteurs restent les plus exposés, et les moins protégés, dans la chaîne de valeur.
Dans le Centre, le Sud… comme dans le Moungo, l’enjeu est désormais clair :
mieux s’organiser pour ne plus subir.