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Décentralisation : les maires ont-ils vraiment les moyens d’agir ?

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Décentralisation : les maires ont-ils vraiment les moyens d’agir ?

Les contraintes financières, la persistance d’une tutelle administrative forte et le transfert lent et incomplet des compétences limitent la marge de manœuvre locale. C’est ce que constatent beaucoup d’observateurs et de responsables locaux. Le Cameroun a un cadre juridique solide, mais un niveau d’autonomie financière encore limité comparé à certains pays africains.

On en parle souvent dans les discours, mais quand on écoute les maires, la question revient vite : “On nous dit plus d’autonomie… mais où sont les moyens ?”

La décentralisation est bien inscrite dans la loi. Dans le Code général des collectivités territoriales décentralisées adopté en 2019, il est clairement écrit que les communes et régions doivent être autonomes et que l’État doit leur transférer une part de son budget, appelée Dotation Générale de la Décentralisation (DGD), qui doit représenter au minimum 15 % des recettes de l’État.

Mais si on regarde ce qui arrive réellement dans les caisses des communes, la réalité est plus mitigée.


📊 Des chiffres officiels, mais… loin des ambitions

D’après les documents budgétaires annexés aux lois de finances récentes :
👉 Pour l’exercice 2023, la Dotation Générale de la Décentralisation a été fixée à environ 252,57 milliards FCFA, dont près de 137,24 milliards FCFA sont destinés au fonctionnement régulier des CTD (collectivités territoriales décentralisées) et environ 115,33 milliards FCFA pour l’investissement dans des projets locaux.

Sur la période 2021–2023, cette dotation a augmenté progressivement (de 232,18 milliards en 2021 à 252,57 milliards en 2023), mais elle reste souvent bien inférieure aux 15 % des recettes de l’État que la loi prévoit, ce que confirment des évaluations récentes : les transferts réels vers les collectivités territoriales représentent plutôt 7 % environ du budget de l’État, loin de l’objectif légal.

C’est cette divergence entre le principe juridique et la mise en œuvre effective qui pose problème : les communes ont bien plus de missions à remplir, mais pas toujours les moyens financiers correspondants.


📉 Un financement encore fragile

Pour 2026, les prévisions budgétaires montrent que les ressources transférées aux collectivités territoriales décentralisées (CTD) devraient atteindre plus de 1 106,22 milliards FCFA au total, réparties entre 804,11 milliards FCFA pour l’investissement et 302,11 milliards FCFA pour le fonctionnement. Parmi ces ressources, les communes devraient recevoir 134,09 milliards FCFA pour des projets d’infrastructure et autres missions locales.

Mais ici aussi, une partie seulement sert réellement à financer les compétences que les communes sont censées exercer — certaines ressources restent bloquées ou tardent à être transférées. Cela limite la capacité d’action locale.


🧠 Comparaison avec d’autres pays africains

Cette difficulté n’est pas propre à notre pays. Dans de nombreux pays africains, la décentralisation est un chantier en cours :

  • Au Rwanda, la décentralisation est ancienne et plus avancie : les gouvernements locaux gèrent plus d’un quart du budget national, et jouent un rôle clé dans la mise en œuvre des politiques publiques locales, notamment en matière de santé, d’éducation et d’infrastructures.

  • Au Ghana, la décentralisation existe depuis les années 1990 avec des cadres budgétaires et une politique de gouvernance locale plus structurée, bien que les défis de mobilisation des ressources locales subsistent aussi.

  • Dans d’autres pays d’Afrique subsaharienne (Éthiopie, Tanzanie, Afrique du Sud), les autorités locales ont davantage de pouvoir de collecte de recettes et de dépenses, ce qui leur permet d’être plus autonomes dans la gestion des services locaux, même si les défis restent réels.

Bref : d’autres modèles africains montrent que l’autonomie locale est possible, mais qu’elle nécessite des mécanismes budgétaires plus clairs, une capacité de mobilisation de recettes locales plus grande et un véritable transfert de pouvoir financier.


🏘️ Ce que vivent les maires au quotidien

Sur le terrain, un maire de commune moyenne t’expliquera qu’il peut gérer le ramassage des ordures, l’entretien de quelques routes secondaires, ou l’appui aux marchés communaux… mais seulement si les fonds arrivent, et surtout à temps. Sans ressources propres solides, ni transferts réguliers, les projets peinent à décoller.

Les contraintes financières, la persistance d’une tutelle administrative forte et le transfert lent et incomplet des compétences limitent la marge de manœuvre locale. C’est ce que constatent beaucoup d’observateurs et de responsables locaux.

Nous avons bien dans notre pays une loi moderne qui affirme l’autonomie des collectivités, mais le chemin vers une véritable décentralisation effective reste long — entre ambitions légales et réalité budgétaire.

ce que dit la loi vs la réalité

🎨 Format recommandé :

Graphique comparatif vertical (2 colonnes)


🟢 CE QUE DIT LA LOI (Code général 2019)

  • ✔ 15 % des recettes de l’État pour les collectivités

  • ✔ Autonomie administrative et financière

  • ✔ Transfert progressif des compétences

  • ✔ Suppression des délégués du gouvernement


🔴 CE QUE MONTRE LA RÉALITÉ

  • ❗ Transferts effectifs estimés autour de 7 % du budget

  • ❗ Retards dans la mise à disposition des fonds

  • ❗ Tutelle administrative toujours forte

  • ❗ Capacités locales limitées

 

Dotation Générale de la Décentralisation (DGD) – Évolution récente


Année Montant DGD
2021 232,18 milliards FCFA
2022 ~240 milliards FCFA
2023 252,57 milliards FCFA

🟢 Répartition 2023 :

  • Fonctionnement : 137,24 milliards FCFA

  • Investissement : 115,33 milliards FCFA

La dotation progresse, mais reste inférieure aux 15 % promis.

 

Pays Part du budget géré localement
Rwanda +25 %
Ghana 20 % environ
Cameroun 7 % environ (effectif estimé)

 

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